La grotte des Calles (Event de Bez) – Pourtant que la montagne est creuse

Vendredi 17h30 la voiture est chargée j’attends Rita qui doit finir son dernier cours afin de covoiturer vers cette soirée raclette et ce samedi spéléo. Côté Montélimar, c’est Charlotte qui récupère Arnaud et Philippe. Jojo vient juste de déclarer forfait car il a deux petites barrettes rouges sur son test covid.

L’autoroute s’enchaîne rapidement et nous arrivons aux alentours de 19h00 à Saint-Hippolyte-du-Fort. Quelques échanges de SMS plus tard, et c’est la voiture de Philippe qui apparaît dans mon rétroviseur. C’est parfait, nous ferons donc la dernière partie de la route ensemble afin de ne perdre personne.

21h00
Nous arrivons au gîte et le propriétaire nous a mis à chauffer le salon et les chambres. Philippe se pose dans la chambre du curé, Arnaud dans le salon, les filles dans le dortoir et moi dans la chambre ronde.
Les patates sont mises à cuire, l’appareil à raclette chauffe et la soirée peut commencer.
Elle se finira aux alentours de minuit accompagnée de termes et expressions non racontables sur un CR bien fait 😉

Le lendemain nous devons nous lever à 7h30 afin de partir à 8h30 et d’arriver au pied de la marche d’approche à 9h, mais comme personne d’autre doit nous rejoindre, nous décidâmes de nous détendre largement au niveau du petit déjeuner. Et c’est à 11h que nous arriverons sur le parking après une petite halte à la boulangerie de Bez et Esparon.

Il fait -4° mais au soleil ça va. Nous repérons à peu près le sentier qui doit nous mener vers un fameux trou de blaireau découvert il y a quelques années donnant sur des gros volumes de vide. Coté spéléo on est bon, mais rando un peu moins. On répartit les kits, et sur ce coup-là je perds, car je chope les deux kits, contenant la corde de 100m et 2 cordes de 40m avec tous les amarrages, bien entendu. Arnaud récupère toutes les gourdes et la bouffe. Philippe et Charlotte du matos individuel.

Fraîcheur de vivre

Nous voilà partis sur le côté bien à l’ombre. L’accumulation du gel autour de la rivière signe la non présence du soleil même au plus chaud de la journée. La montée monte, c’est sûr !! Charlotte s’émerveille des fleurs de gel, Rita a froid aux pieds, Arnaud et Philippe ne souffrent d’aucun traumatisme, et moi je transpire déjà !!!
Tranquillement nous affinons notre destination et prenons, sans doute, le bon encaissement, aidés tout au long du chemin par des chasseurs en orange fluo. Ils savent à peu près, mais pas précisément.

Nous quittons le GR qui va bien pour une sente ne ménageant pas les courbes de niveau. Si jamais c’est pas là, ça va piquer !!

Grimpouille

La montée continue de monter et une pause s’improvise afin de réchauffer les pieds de Rita un peu recroquevillés dans ses bottes de pluie. Rita étant de nature préventive, quand on est en train de monter, elle, elle pense à la descente et toutes ses difficultés.

Charlotte et Rita se posent dans le pierrier, Philippe le sage poursuit l’ascension en ayant pour objectif des pendages bien horizontaux juste aux dessus. Moi je le suis en mode gaz gaz et Arnaud grimpe avec nous, toujours impassible.

Quand Rita commence à déclarer : “Je vais retourner à la voiture, je le sens pas bien le retour” depuis sa pause du pierrier, une voix ardéchoise casse ce calme en résonnant dans cette combe bien étroite : “Je l’ai trouvé”. Philippe est bon et a fait mouche !!!


Tout le monde se regroupe à l’entrée et on savoure ce panorama où nous sommes du mauvais côté de la vallée (on est à l’ombre) mais ce n’est pas grave.
Les baudriers glissent lentement sur nos jambes mais s’arrêtent sur nos hanches. Effectivement la veille, le fromage était beau et bon.


Je laisse le clavier à Rita pour la suite de cette journée. Ludwig…

Quand on a enfin trouvé l’entrée de la grotte, on s’équipe rapidement. J’ai un mal fou à fixer mon MAVC, sûrement aucun rapport avec les agapes de la veille… On dépose vêtements et surplus de matériel à l’entrée de la grotte pour ne pas se charger inutilement et on y va. Dès l’entrée on se retrouve à quatre pattes puis à ramper dans une étroiture pas très longue mais jonchée de cailloux bien coupants.

Charlotte au top !

On traverse une première salle remplie de très belles concrétions aux multiples teintes, c’est très beau ! et on arrive rapidement au premier puits. C’est Charlotte la Fraîche qui va l’équiper. Elle équipe pour la première fois. On est trop fiers d’elle !!!! Et puis plus les membres capables d’équiper seront nombreux, plus on pourra organiser des sorties !

Charlotte équipe

On l’observe avec autant de plaisir que d’admiration pendant qu’elle met en application, avec application, les gestes qu’elle a appris dans le cadre de sa formation aux CDS. Elle fait des nœuds et elle fixe des plaquettes sous le regard expérimenté de Philippe l’Ardéchois, qui lui donne juste quelques indications utiles de temps en temps ou qui apportera une touche pour parfaire l’installation.

La grotte, cet espace-temps régressif, suggestif, immersif…

Une fois cette première corde en place, on descend joyeusement ce puits (un P13, donc un puits de 13 m de haut, selon la topo qu’on a récupérée au préalable). Il débouche dans la salle dite du Balcon puis, en passant par quelques méandres, à la salle du Phare.

Pulpia, notre reine à tous !

Serai-je accusée d’avoir l’esprit mal tourné si je fais remarquer que ledit phare ressemble plutôt à une grosse stalagbite ? Je t’invite, lecteur, à te faire ton propre avis d’après les photos… En tout cas cette turgescence rocheuse est drôlement impressionnante ! La salle aussi est grande, on est dans de gros volumes, avec un bel écho qui invite à crier « Ehooooo » (j’ai toujours l’impression qu’on est comme les 7 nains du conte dans ces moments-là et je me demande : mais qui fera Blanche- Neige ? Pour ce qui est de la sorcière, on a commencé le casting… Mouarfhahaha…). Mais je m’égare.

Sérieusement, les volumes sont vraiment impressionnants ! La grotte des Calles, ou en tout cas l’étage que nous explorons aujourd’hui (la grotte comprend plusieurs niveaux) est constituée d’une succession de salles très hautes. On se sent tout petit à l’idée que la montagne est vraiment creuse, comme dit l’histoire (je ne sais plus laquelle).

De beaux volumes

Kōan : comment ne pas toucher une paroi qui se colle à toi

Derrière le phallique Phare se trouve le puits du Mikado. Ce puits, c’est toute une aventure en soi. Ami lecteur, tu te souviens du jeu de Mikado ? C’est un genre de badaboum à partir de petites baguettes qui ressemblent à des piques à barbecue que tu jettes en tas sur la table ; le but du jeu, c’est d’arriver à retirer une baguette après l’autre sans que tout le reste tombe. Tu vois ?

Eh bien le puits du Mikado, c’est un peu pareil avec des cailloux. Là on comprend bien ce qu’est une trémie, à savoir un puits résultant d’un écroulement, situé au- dessous d’un éboulis de cailloux.

Le départ du puit du Mikado

Dans le puit du Mikado, il ne faut pas toucher aux parois, ou le moins possible, en raison du risque d’écroulement. D’ailleurs des morceaux de rubalise (ruban de chantier blanc et orange) signalent ici et là les endroits particulièrement fragiles. On voit même des bouts de scellement chimique qui ont été mis à gauche ou à droite pour consolider les pierres… No pressure !

Accessoirement le puits ne descend pas droit et par moments, parce que la corde frotte ou parce que la paroi s’incline, on se retrouve penché, le corps contre la paroi. Après deux ou trois fractio, la descente se finit plein gaz (en plein vide).

Le puits est prolongé presque sans transition par un plan très incliné et très glissant qui mène dans une sorte de vestibule à partir duquel ça monte rapidement, raide et caillouteux (sol irrégulier…) vers d’autres salles.

De la relativité de l’espace et du temps

C’est bizarre parce que sur la topo on est censé avoir des puits de 24 m (Mikado) + 15 m (je n’arrive pas à comprendre sur la topo si le plan incliné est compté comme un puits) mais quand j’y étais, j’ai eu l’impression que c’était beaucoup beaucoup plus haut, d’ailleurs mon descendeur était brûlant à l’arrivée !

Je pense que c’est le vide, le fait de ne plus avoir de paroi proche, qui modifie considérablement la perception de l’espace. Et je dois dire que c’est un peu flippant, quand parfois la corde se met à vriller et donc on tourne et on se retrouve face au vide. J’avoue que dans ces cas-là j’essaie gentiment de continuer à pivoter pour pouvoir aller toucher un peu la roche… (« Touchez ma bosse, Monseigneur… »).

Ça n’a aucun fondement technique ou logique mais c’est plus facile de descendre ou de monter face à la roche ! J’apprendrai plus tard dans la journée qu’un autre membre du MASC plus expérimenté que moi, dont je tairai le nom pour ménager son égo loudeviguien (huhu) fait ça aussi, ce qui m’a fait bien rire mais aussi m’a décomplexée !

Grmbjlldghhteh

Je descends en deuxième, juste après Philippe qu’on a entendu un peu jurer dans son parler ardéchois onomatopique auquel il nous a gentiment initiés au cours de la journée, notamment quand il est descendu en repérage dans le puits du Mikado et qu’il a vu des goujons, pour lesquels nous n’étions pas équipés.

Je ne sais plus à quel moment il y a aussi une déviation bien pourrie : un mousqueton qui ne ferme pas au bout d’un assemblage de sangle effilochée et de corde qui ne se souvient pas du jour où elle a été neuve.

Quand on arrive en bas il faut s’éloigner de la paroi en se propulsant pour ne pas atterrir en faisant plouf dans une grosse flaque.

Philippe attend au fond de la grotte. C’est la première fois que je fais un puits qui est tellement long ou du moins dont la configuration est-elle qu’on ne voit ni n’entend les autres pendant un moment assez long.

Montagnes russes dans montagne creuse

La grotte des Calles, on l’a dit (tu suis ?), est composée d’une succession de couloirs et de grandes salles, sur plusieurs niveaux. Nous on est arrivés au niveau supérieur, on doit être à peu près à 140 mètres de la surface si mon souvenir est bon (sinon la montre supersonique de Ludwig corrigera). Quand tout le monde est en bas, on part explorer une grande galerie qui monte, dont je n’arrive pas à déchiffrer le nom sur la topo (note à l’intention des ceusses qui font gentiment des topos : SVP pensez que ce sont des êtres humains qui vont essayer de lire vos annotations, alors si vous pouviez éviter les typos anglaises et les corps 2, ça serait méga choupinou ! Merci bisous merci).

Ça monte bien raide et le sol est bien accidenté, parfois bien glissant aussi. On trouve aussi par moments du sable, au pied des parois. On s’arrête, si je ne me trompe pas en observant la topo, un peu avant la diaclase du Lac.

En fait ce niveau de la grotte est une traversée, c’est-à-dire que sur le principe on pourrait déboucher à un autre endroit que celui par lequel on est entré. Seulement pour ça il faut passer par une succession de gours ou de cuvettes dont on n’est pas sûrs qu’elles soient vides (c’est-à-dire pas remplies d’eau) à cette période de l’année.

Et comme en fin de compte on est entrés dans la grotte assez tard, qu’il est déjà 15h, qu’il va falloir un peu de temps pour remonter… on décide de se poser pour déjeuner rapidement et ensuite entamer la remontée sans trainer.

J’mets un pied dessus l’autre

C’est Ludwig qui remonte en premier, suivi d’Arnaud, puis de Charlotte. Je monte ensuite. Philippe passera en dernier pour déséquiper. Je monte sans encombre, à mon rythme. Je commence à trouver mon mouvement, la coordination de mes gestes pour négocier au mieux entre efficacité et rythme de l’ascension, et respect de mes petits bras fragiles pour éviter de me faire mal. En remontant je serai à nouveau très sensible à ce mouvement de rotation de la corde en plein vide. Je me concentre. J’essaie de ne pas trop penser au vide autour de moi.

« Nous joignons des rayons pour en faire une roue mais c’est le vide du moyeu qui permet au chariot d’avancer » (Tao Te King, chap. 11)

Quand on attendait en bas, Charlotte, Philippe et moi, que la corde soit libre, on a observé l’espace autour de nous… Et ça laisse songeur parce qu’on voit bien par endroits que le plafond ou certaines parties des parois pourraient effectivement s’écrouler. En fait il y a plusieurs types de surface de roche, je ne sais pas quel est le terme technique. Ça veut dire qu’il y a des endroits très concrétionnés, et là on sait que c’est là depuis longtemps parce que les stalagmites, les stalactites et les autres formes de concrétions ne seraient plus là si ça s’était écroulés « récemment ». Mais à d’autres endroits on voit que c’est de la roche qui se fissure… Est-ce que c’est juste une diaclase ou un truc du genre qui ne bouge plus ou est-ce que c’est quelque chose qui pourrait s’effondrer ?

Philippe, qui est non seulement ardéchois mais aussi spéléo expérimenté (« Il est possible d’avoir plus d’une qualité », comme dit le héros japonais dans L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery – si vous ne lisez pas le livre, qui est un bijou, regardez au moins le film, qui est une merveille), nous confirme que ça pourrait bien tomber à n’importe quel moment. Il suffirait d’un micro-séisme ou d’un autre événement, naturel ou non, survenant au mauvais moment au mauvais endroit, pour que ça bouge. Et c’est vrai qu’à un moment on n’était pas trop rassurées, Chacharlotte et moi…

Après, quand on monte, quand on bouge, on ne pense plus trop à ça je crois.

Interstellar remake undersousterre

Si on est entré dans la grotte plus tard que prévu, on en est ressorti beaucoup beaucoup beaucoup plus tard que prévu ! Dès qu’on se retrouve tous à la surface, on a d’abord envoyé un message à JJA, notre vénéré président, pour lui dire qu’on est sorti et que tout va bien.

Et puis on met à exécution le plan de Ludwig, qu’il nous a exposé au fond de la grotte : quand on sortira de la grotte, il fera nuit et froid mais nous on sera bien chauds de l’effort physique fourni pour monter, alors il s’agit de se mettre en mouvement très vite pour ne pas avoir le temps de se refroidir.

Alors on attrape juste les sacs et… on dévale le pierrier sur le cul ! Après les émotions et les efforts physiques de cette journée, ça a été comme une espèce de libération euphorisante ! La glissade sur le Q dans la caillasse, ça marche au-delà de nos espérances ! J’en ris encore en y repensant ! On était comme des gosses, déjà que la grotte a un côté régressif, avec tous ces phallusmites ou tites qui nous entourent et la chaleur humide de la terre contre laquelle on se colle… C’était un vrai retour en enfance. On glissait tous à la queue leu leu, le cul dans les cailloux, parfois il fallait se coucher sur le dos comme dans la grotte quand on fait toboggan sur un sol trop glissant, pour ne pas débouler trop vite… On criait et on riait aux éclats, un moment de pur bonheur ! Là tu es content aussi d’avoir une combinaison résistante et tu espères d’ailleurs que tu ne vas pas y laisser un morceau…

Résultat de la course : on est descendu en une demi-heure alors qu’on avait marché plus d’une heure le matin pour atteindre l’entrée de la grotte.

Arrivés aux voitures, on se change rapidement pour ne pas prendre froid dans l’air vif des Cévennes en hiver, qui nous semble d’autant plus glacial que nos vêtements sont trempés de sueur. On fait chauffer les voitures, on les charge à l’arrache, un pipi et nous voilà repartis, une voiture en direction de l’Ardèche, l’autre en direction du Vaucluse, après s’être promis de se retrouver prochainement pour de nouvelles aventures.

Tu veux savoir lesquelles ? Reste à l’écoute du MASC, le club de spéléo qu’il est beau !

P.S. : À la grotte des Calles, il y a aussi un P80, qui permet d’accéder aux niveaux inférieurs. Cela doit être une sacrée expérience parce que j’ai déjà eu l’impression que le puits qui finissait dans le vide était vraiment très haut. En plus, on a passé presque 6 heures sous terre. Ça veut dire que si on voulait faire le P80 et explorer ou non d’autres parties de la Grotte, il faudrait entrer vraiment tôt. Après c’est sûr que ça dépend aussi du niveau d’expérience des spéléo, mais quand même.

P.S. 2 : Cette grotte était une découverte pour tout notre petit groupe, aucun de nous ne l’ayant encore explorée. J’ai trouvé ça assez excitant que personne n’ait la réponse quand on se demandait ce qu’il y avait après, ça stimule la curiosité mais aussi ça incite encore plus a la vigilance.

P.S. 3 : Je ne peux pas terminer cet article sans un instant culture, sinon mes potos spéléo seraient déçus… Les descentes et surtout les montées sur corde me font penser à cette citation de René Char : « L’acte est vierge, même répété. ». A méditer, à développer… Ou pas !

Quelques vues du WK
  • TPST : 06h00
  • Participants :
    • Philippe
    • Rita
    • Charlotte
    • Arnaud
    • Ludwig

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