Débauche de fractio à la Grotte du Chat à Lagnes

On pensait être plus nombreux ce dimanche pour la Grotte du Chat à Lagnes, pour une fois dans le Vaucluse près de chez nous (enfin, près de chez moi !) mais pour cause de besoin de repos ou problème de transport ou autre on s’est finalement retrouvés à trois, Lulu, Jojo et moi.

On était censés se rejoindre à 11h30 pour un barbecue chez Ludwig mais, le temps étant devenu gris, on a finalement déjeuné à l’intérieur avec la famille loudeviguienne. On ne traîne pas trop à table et on part rejoindre la Grotte du Chat, c’est cool de ne pas avoir trop de route à faire pour une fois !

Dessus dessous

Arrivés sur place, on s’équipe. On est garés vraiment tout près de l’entrée de la grotte. Je connais ce coin, le secteur du Mur de la Peste, ça fait partie des endroits où j’aime randonner.

L’entrée de la grotte est protégée par une grille que nous soulevons pour découvrir l’entrée de la grotte. Ça descend assez rapidement en pente. Ludwig commence à équiper avec la corde de 100 m qu’il a apportée ainsi que quelques autres joujoux bien utiles comme des plaquettes et autres mousquetons – il aurait été utile d’avoir un peu plus des unes des des autres, mais on s’est débrouillés, heureusement qu’on se balade avec un tas de ferraille sur nous, voire à l’intérieur de nous (private joke !). Quand Ludwig a fini d’équiper les premiers tronçons, il nous dit qu’on peut commencer à descendre. Je m’engage en premier, Jojo suivra.

« « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » (Nicolas BOiLEAU- DESPRÉAUX)

J’ai trouvé ça passionnant de suivre, confortablement assise à l’extérieur et à la lumière du jour, le début de l’équipement de la grotte.

Moi j’aime bien comprendre comment les choses sont faites et fonctionnent, les nœuds, le matériel, la technique… En fait j’aime les beaux gestes de métier. J’aime le travail bien fait.

J’observe toujours avec attention, respect et admiration les personnes qui équipent les grottes ; car c’est une grosse responsabilité d’installer une corde sur laquelle d’autres personnes vont se suspendre, parfois sur plusieurs dizaines de mètres de vide, non ?

Là, pour démarrer l’amarrage, comme c’est la règle, Ludwig choisit deux points et fait un nœud en Mickey, c’est-à-dire un nœud à deux boucles qui sont comme deux oreilles. Chacune de celles-ci est fixée sur un point d’accroche différent. Dans ces deux boucles, on met parfois un mousqueton dit de confort, pour faciliter la manœuvre quand on doit se longer.

De l’art de couper les cheveux en quatre

À partir de là, la corde descend. Le puits n’est pas très profond, on doit être sur un 40 m mais comme le jeu aujourd’hui c’est de nous entraîner Jojo et moi à faire de la descente et de la montée avec du fractionné et de la déviation, Lulu s’en donne à cœur joie et multiplie les fractio alakon, le tout saupoudré de quelques déviations pas trop méchantes, mais pas super gentilles non plus.

On ne s’en sort pas si mal mais c’est vrai que c’est assez pénible ou du moins bizarre : parfois on a l’impression d’être juste descendu de 2 m et il faut déjà faire la manœuvre pour s’accrocher à la nouvelle corde…

En tout cas c’est un exercice super utile et je suis vraiment ravie que Ludwig nous l’ait proposé parce que quand on fait des sorties plus longues ou plus techniques, avec des groupes plus importants, ce n’est pas évident pour les gens comme moi qui ont commencé la spéléo depuis pas longtemps de ne pas avoir l’impression d’être un poids pour les autres… Parce que c’est sûr qu’on progresse plus lentement.

« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage » (Nicolas BOiLEAU- DESPRÉAUX)

Pour ma part je prends mon temps, j’y vais tranquillement mais sûrement. Parfois il m’arrive de faire des nœuds ou de me retrouver un peu dans la situation d’une tortue sur le dos qui essaie d’avancer.

Alors, confortablement installée dans mon baudrier dont j’apprécie particulièrement la sous-cutale, j’observer et j’analyse la situation. En fait j’aime bien ça. Analyser l’espace et la manière dont les cordes et les objets doivent s’imbriquer pour ne pas se gêner mutuellement, c’est un exercice à la fois de l’esprit et du corps.

Cela peut sembler bizarre mais ça me détend.

Par contre effectivement ça prend un peu de temps. J’imagine que pour les warriors de la corde et de la spéléo, ça peut être quelque peu pénible de devoir attendre quelqu’un qui met beaucoup plus de temps à descendre et surtout à monter…

C’est pour ça aussi que cette petite sortie en comité restreint, c’est cool, parce qu’avec Lulu et Jojo, je sais qu’il n’y a pas d’enjeu ou de recherche de performance, on est tranquille.

On dit des âneries de temps en temps, et en même temps on reste très attentifs à ce qu’on fait, on veille les uns sur les autres. Et ça, c’est vraiment chouette !

Obscure clarté ou ombre lumineuse

On arrive au fond du puits sans encombre.

En bas, Jojo et moi on tente une petite percée vers l’étroiture que Bertrand a cherché à explorer la dernière fois qu’il est venu sur place. Ludwig sait déjà qu’il ne passe pas. Pour ma part je pourrais peut-être pu, mais je n’ai pas confiance dans la nature des parois parce que je vois des morceaux de terre (?) tout prêts à se détacher. Et surtout je ne sais pas ce qu’il y a en dessous et je ne sais pas si je vais pouvoir remonter alors je préfère ne pas prendre de risques, surtout qu’on n’a pas d’autre corde… Évitons les ennuis !

La barre de fer (humour potache)

Un truc intéressant à observer dans cette grotte qui se trouve dans un secteur d’exploitation minière : une grande coulée de fer pur. Ludwig nous explique que les bouts de fil ou de câble qu’on a remarqués en descendant sont des restes de ficelle à explosif (je ne me souviens pas du terme exact qu’il a employé).

On reste un moment en bas. Nous avons « le moment de noir de Rita » (hihi j’adore, cœur avec les mains !). On éteint toutes les lumières et on se tait.

Je l’ai déjà dit… J’adore regarder ce noir-là et écouter, simplement.

Là, il y a pas mal d’eau qui coule…

Quand tu es dans le noir, les sens s’affinent, les sons et les rythmes sont amplifiés. Ce qui n’était que le son discret d’une petite goutte d’eau devient un bruit rythmique, cadencé, intensément présent, presque une musique ou un message codé. Et l’eau qui se trouve plus loin quelque part dans le souterrain devient elle aussi plus vivante, avec son ploc-ploc plus doux mais malgré tout très prégnant.

Ça me fait penser à un dessin en perspective associant la nuance des traits et la perspective atmosphérique, où l’on marque plus fortement les traits du premier plan alors que l’arrière-plan se fond doucement dans la brume…

Back to the ground

Ensuite on remonte et c’est moi qui passe en premier.

Lors de ma dernière sortie corde, à la Grotte Nouvelle, j’ai bien compris l’utilité du pantin ou bloqueur de pied. Ça aide vraiment, surtout au début de l’ascension.

Toutefois, comme à la Grotte du Chat on se retrouve à un moment dans une étroiture (étroite) verticale, Ludwig me déconseille de garder le pantin une fois que j’aurai passé le premier fractio, parce qu’après je risquerais d’être embêtée pour l’enlever.

Pour moi l’enjeu dans la montée c’est d’utiliser le moins possible mes bras et mes mains car je n’ai guère de force physique alors je fatigue et je me blesse facilement. Pour moi c’est particulièrement important de pousser principalement avec les jambes et avec le bassin, en engageant tout mon corps contre la corde. Le pantin est bien pratique pour ravaler le mou sous la corde.

Là, comme on avait beaucoup de fractio, c’est un peu pénible sans pantin car parfois le crawl glisse mal vers le haut à cause de l’excès de corde dessous… La solution, c’est de ravaler à la main la corde qui se retrouve sous le crawl de torse. En fait par moment je me suis retrouvée littéralement à sauter vers le haut et à tirer avec mes deux mains la corde sous le crawl pour avaler le mou.

Spiderman inspiration

Sur cette montée on est souvent très proche de la roche, voire coincé entre les parois – à tel point qu’à la descente je me suis demandé comment on ferait pour remonter ! Mais en fait ça se fait finalement assez naturellement, avec des petits mouvements du couple poignée-pédale, le mouvement global se rapprochant d’une ondulation de tout le corps.

Moi en plus j’ai de la chance parce que je suis plutôt grande et au passage des fractio un peu compliqués, je m’en sors en faisant des oppositions pieds/mains/bassin contre les parois. J’arrive ainsi à me caler assez confortablement au-dessus du vide sans tension ni sur le crawl, ni sur la longe, ce qui me permet de faire mes manipulations tranquillement.

Lors de la montée dans la Grotte Nouvelle, j’avais aussi commencé à prendre conscience de l’intérêt des mouvements de bascule ou de pendule. Ceux-ci parfois facilitent énormément le passage d’une déviation, par exemple.

Au départ j’ai tendance à vouloir réaliser ce genre d’opération en force et en contrôle, ce qui est particulièrement épuisant pour moi et où je suis, à vrai dire, totalement inefficace.

Il me reste à apprendre à faire plus confiance au matériel, comme dit Ludwig, et entre nous, vu ce qu’il m’a coûté (le matériel, pas Ludwig), ce serait pas dommage !

Et puis aussi, ou surtout, apprendre à avoir plus confiance dans mon utilisation du matériel, et dans mes propres mouvements…

« Ô temps ! Suspends ton vol » (Alphonse de LAMARTINE)

On a mis 1h30 à remonter (j’ai lancé ma montre cardio avant de commencer l’ascension). En réalité, il y a eu un faux départ… et j’ai attendu assez longtemps sur un palier intermédiaire que Jojo me rejoigne. Au final je pense que j’ai mis une bonne heure à monter ces 40 m. Perso ça ne me dérange pas, je ne suis pas pressée…

Mais j’aimerais devenir plus performante, parce que si on fait des sorties plus longues ou plus engageantes, avec des personnes plus expérimentées qui pourraient avoir envie d’aller plus vite, je n’ai pas envie d’avoir l’impression d’être un boulet qu’on traîne ; et même juste pour moi, le challenge est very excitant !

On a d’ailleurs prévu de revenir avec d’autres personnes du club pour refaire ce trou qui est vraiment un très bon spot d’entraînement à la corde.

Parfums de Provence dans la lumière hésitante du soleil couchant

Quand on est sorti, le jour commençait à décliner. Il faisait un peu frais mais pas trop – il faut dire qu’on avait eu chaud en remontant… J’ai adoré l’odeur du thym dans la brume naissante du crépuscule qui m’a enveloppé de ses arômes évocateurs de grand air et de santé, lorsque je me suis assise par terre pour attendre les autres.

On a passé une super journée, merci les copains, merci le MASC !

A bientôt pour de nouvelles aventures #undersousterre (tribute to notre Jojo pour le hashtag trop bien trouvé !).

  • Compte rendu Rita
  • Présent :
    • Jojo
    • Rita
    • Ludwig
  • TPST : 4h00

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